Maroc : les fumeurs de plus en plus tentés par la e-cigarette

Une-LavieecoUn article paru ce vendredi 21/03/2013 dans l’hebdomadaire La Vie Eco tente de faire le point sur la pénétration de la cigarette électronique, chiffres à l’appui mais aussi très orienté (très regrettable qu’un seul marchand soit interrogé !) et avec quelques erreurs 🙂 . Nous reproduisons ci-dessous l’article du journaliste ainsi que quelques commentaires et corrections.

Les enseignes qui commercialisent le produit se multiplient à vue d’œil : E-klop, Maklope, Weclope, Cilouette, maroc-ecigarette.com…, le jeu en vaut la chandelle. Les Marocains, jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, sont de plus en plus friands de cette nouvelle génération de cigarette, dite électronique, qui rompt complètement avec la clope traditionnelle, laquelle devient pour certains «vieux jeu». Nouvelle mode ou volonté de rompre complètement avec le tabac classique et ses effets néfastes? En tout cas, à la traîne par rapport aux Etats-Unis et nombre de pays européens qui l’ont essayée depuis plusieurs années (elle est apparue au début des années 2000 mais il a fallu plus de dix ans pour qu’elle connaisse un franc succès), l’e-cigarette n’a pu être commercialisée au Maroc qu’il y a peine quelques mois. C’est E-klop qui a ouvert le bal à partir de juillet 2013, proposé la e-cig au grand public via un réseau de franchises et de l’affichage urbain, alors que des boutiques connues par les initiés existent depuis au moins 3 ans, «exactement le 1er jour du mois sacré de Ramadan», précise un de ses responsables. Fruit du hasard ou Décision mûrement réfléchie. ? En tout cas, le distributeur aura sûrement ciblé sa clientèle après avoir étudié le marché marocain ainsi que la psychologie des fumeurs, dont une bonne partie croit trouver en ce mois de Ramadan l’occasion inespérée pour réduire sa consommation, si ce n’est d’arrêter carrément le tabac. Le produit a tellement marché que cette société compte à ce jour une soixantaine de points de vente au Maroc, sans parler d’autres sociétés qui commercialisent l’e-cigarette et qui se développent à mesure de la demande qui va crescendo. Toutes font appel d’ailleurs sur leurs sites web et à coup de campagnes médiatiques à de nouveaux franchisés qui veulent rejoindre leur réseau.

Combien de Marocains, à ce jour, se sont convertis à cette nouvelle mode et qui «vapotent» (du mot vapeur) cette fumée artificielle au lieu de la fumée du tabac ? Pas d’enquête encore pour nous renseigner. Interrogé, un responsable d’E-klop estime le nombre de clients qui reviennent acheter habituellement chez eux des fournitures à 10 000. Même multiplié par 20, le nombre de ceux qui s’adonneraient à la clope électronique serait insignifiant, comparé aux 15 milliards de cigarettes classiques qui s’écoulent chaque année sur le marché marocain, et aux 35% de Marocains qui fument habituellement. Et ça ne pourrait en toute logique être autrement, commente ce même responsable d’E-klop : «La cigarette classique a plus de 100 ans, elle a connu plusieurs formes en ce laps de temps, et elle ne peut être détrônée malgré tous ses effets néfastes sur la santé en trois ou quatre ans par l’e-cigarette. Mais cette dernière a de beaux jours devant elle, on peut d’ores et déjà affirmer que c’est la nouvelle façon de fumer du XXIe siècle».

D’après nos estimations, basées sur les recherches Google : la recherche « cigarette électronique » génère 368,000 requêtes par mois en France contre à peine 6,600 au Maroc. Une simple règle de 3 permet d’évaluer à 150.000 le nombre de personnes ayant essayé l’e-cig au Maroc, et à 25.000 le nombre de vapoteurs convaincus. E-klop ne doit pas comptabiliser les nombreux déçus de l’e-cig qui ont acheté une fois mais pas plus à cause de problèmes de qualité récurrents.

L’e-cigarette n’est pas exempte de danger

Ce n’est pas si sûr, des dizaines l’ont essayée et abandonnée au Maroc le jour même de l’essai, non pas uniquement parce qu’elle ne remplacera jamais la fumée traditionnelle et son «plaisir», mais, comme en témoigne un utilisateur, parce qu’elle est aussi «très compliquée d’usage. Alors que je peux en un geste allumer ma tige et fumer à mon aise, il me faut avec “l’électronique” toute une gymnastique pour aspirer une seule bouffée, recharger à chaque fois la cartouche et je ne sais pas quoi encore…». Lui, par fainéantise, a laissé tomber cette nouvelle façon de fumer. D’autres par manque de conviction. C’est le cas de Khalid B., ingénieur de son état, 15 ans de cigarette, qui a aussi essayé puis a laissé tomber au bout d’une semaine. «En janvier dernier, j’ai acheté le pack à 400 dirhams mais je n’a jamais rechargé. Cette cigarette n’offre pas le même plaisir, comme si j’inhalais dans le vide. Quand je déciderai de rompre, je n’aurai pas besoin de ce palliatif», tranche-t-il. D’autres combinent les deux, et la traditionnelle et l’électronique pour être en bonne conscience avec eux-mêmes… Il faut dire que les 4000 substances plus toxiques les unes que les autres qu’ils inhalent chaque jour commencent à les effrayer.

Les deux témoignages avancés ne confirment pas la règle, les sociétés qui commercialisent le produit tablent toutes sur une publicité axée sur le rôle alternatif que peut jouer la cigarette électronique pour ceux qui veulent en finir avec la classique. La première, affirment-elles sur leur site, continuerait d’offrir le plaisir de «fumer» mais sans les effets mortels de la seconde. Aucun effet néfaste vraiment ? Pas si sûr, en tout cas «avec l’e-cigarette, l’absorption de la nicotine présente beaucoup d’inconnues», constate Bertrand Dautzenberg, président de l’Office français de prévention de tabagisme (OFT) dans son livre L’e-cigarette pour en finir avec le tabac, cité par le journal Le Monde dans son édition du 1er mars 2014. Ce qui est certain pour les connaisseurs qui ont travaillé sur le sujet est que les cigarettes électroniques les plus récentes, de meilleure qualité, font plus augmenter le taux de nicotine dans le sang que celles fabriquées avant 2010. Toujours est-il, avec la cigarette électronique, le fumeur serait beaucoup moins exposé au danger certain de la cigarette classique, toujours selon l’OFT.

Tous les fumeurs sont conscients des dangers de la cigarette traditionnelle

C’est ce facteur santé qui encourage de plus en plus d’adeptes de la cigarette électronique, mais pas seulement, le facteur prix y a largement contribué. Mais comme le sait tout vapoteur averti, c’est une idée reçue car le prix du tabac au Maroc ne permet pas de faire d’économies ! La santé, car tous les fumeurs, partout au monde, malgré leur nombre de plus en plus croissant (environ 1,1 milliard de personnes fument dans le monde, soit plus de 1/7e de la population mondiale), sont conscients des dangers de la cigarette classique, et beaucoup ont essayé et essayent encore d’arrêter de fumer, souvent sans succès. Ils ont tout essayé, patchs, gommes à mâcher, hypnose…, rien à faire. Avec la nouvelle cigarette électronique plusieurs ont réussi là où avec les autres palliatifs ils avaient lamentablement échoué. Othmane L., chef d’entreprise à Rabat, témoigne : «J’ai fumé pendant 20 ans, et ce, depuis l’âge de 18 ans. Un paquet par jour. Depuis que j’ai goûté l’e-cigarette, je me suis juré d’oublier l’autre, définitivement. Depuis 5 mois je ne l’ai plus touchée. La nouvelle me procure la même sensation et le même plaisir que l’autre, avec en plus l’avantage de ne pas déranger mon entourage avec de la fumée. Ma femme et mes enfants n’en reviennent pas». D’autres comme Othmane, on les voit de plus en plus dans les cafés et les restaurants, exhibant fièrement leur dispositif et «vapotant» sans complexe.

En France, elle connaît un engouement, presque deux millions d’utilisateurs quotidiens parmi les 13 millions de fumeurs, et entre 8 et 9 millions l’ont au moins essayée, selon les chiffres de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) dans son rapport pour 2013. L’usage de la cigarette électronique réduit la «quantité moyenne consommée par les fumeurs» et explique la baisse des ventes en 2013, estime l’observatoire. Mais elle n’est pas la seule dans ce résultat, constate-t-il, il y a aussi la hausse des prix de cigarettes qui pèse lourdement sur le budget du consommateur. Un grand fumeur de cigarettes traditionnelles dépense, selon l’OFDT, 2482 euros (28.000 Dirhams) par an pour se procurer en moyenne un paquet par jour, alors que le grand fumeur de la cigarette électronique ne dépensera qu’entre 1150 et 2 188 euros (entre 13 000 et 25 000 Dirhams) par an.

Au Maroc, fumer 1 paquet par jour revient à 11 700 Dirhams par an, c’est donc malheureusement moins cher que l’alternative électronique, les prix au maroc de la e-cig étant similaires, voire supérieurs à ceux qui sont pratiqués en France.

Quelques témoignages

Radouane 45 ans, comptable, Casablanca

L’idée d’arrêter de fumer me trotte dans la tête depuis que j’ai atteint l’âge de 40 ans. Maintenant j’en ai 45 et je fume depuis l’âge de 16 ans, 20 cigarettes par jour. J’ai fait trois tentatives sans succès, une fois ça a duré 5 mois. Et à chaque fois je reprends, le plaisir de fumer était irrésistible. Ma femme m’a conseillé la cigarette électronique, la fumée à la maison commence à l’exaspérer. J’ai essayé, avec l’idée de réduire ma consommation de la cigarette traditionnelle, ça a marché du premier coup, je ne sais pas par quel miracle. «Vapoter» procure aussi du plaisir. Il est différent de l’autre mais il est là. Je ne fume plus que deux cigarettes par jour, une le matin et une autre après le dîner, mais je vais arrêter définitivement.

Bouchra 30 ans, coiffeuse, Rabat

J’ai commencé à fumer depuis l’âge de 17 ans, par plaisir et par mimétisme, tous les jeunes essayent la clope à cet âge. Sauf que 10 ans plus tard, ce n’est plus 4 cigarettes par jour mais 25. Je commence à tousser, des toux insupportables, le médecin m’a conseillé d’arrêter illico la cigarette. Depuis, trois tentatives sans succès, les gommes que j’utilisais comme palliatif s’avéraient un pis-aller. Et voilà que cette cigarette électronique fait son apparition, je l’essaye, ça a pris. J’ai aimé sa «saveur» et je me suis dit, c’est l’occasion ou jamais. Depuis deux mois je ne touche plus à la cigarette traditionnelle, mes toux du matin ont disparu progressivement, au grand soulagement de mes parents et de mes deux enfants. Et à celui de ma bourse.

Saïd 38 ans, cadre bancaire, Casablanca

J’ai fumé pendant 20 ans, entre 15 et 20 cigarettes par jour. A l’approche de mes 40 ans, je me dis qu’il est temps d’arrêter de fumer, j’ai fait une tentative il y a deux ans, mais sans résultat, tous mes amis fument, j’inhale de toute façon la fumée quand je suis avec eux, alors autant fumer. Un jour, comme un jeu, on a tous essayé la cigarette électronique, mais sans pour autant abandonner le tabac, ça nous a aidé à réduire au moins notre consommation. Pas plus de 3 jours, deux de mes amis ont jeté ce «gadget» comme ils l’appellent et ont arrêté le jeu, on est resté deux à résister encore. J’ai trouvé pas mal ce «vapotage», du moment que ça donne la même sensation que la cigarette et ne représente pas de danger pour la santé, du moins ce n’est pas pire que le tabac, alors pourquoi s’en priver ? Maintenant je ne fume plus que deux cigarettes par jour, mais j’ai la ferme intention d’arrêter complètement. Par expérience, «vapoter» est peut être la meilleure façon de se débarrasser du tabac.

Article original écrit par Jaouad Mdidech pour La Vie éco

Un grand merci à Simo du Forum pour le lien !