La e-cig, problème de santé publique ou solution miracle au tabagisme ?

assortimemnt-ecigEnfin un traitement journalistique du sujet qui n’est pas 100% à charge  !  Je vous propose un article de la MAP écrit par Noureddine HASSANI et paru notamment sur le portail Menara à l’occasion de la journée sans tabac ce 31 mai 2014, et auquel des membres du forum ont contribué par leur témoignage. Merci à eux ainsi qu’au journaliste qui a fait un travail objectif,  et a pris les avis de tous les protagonistes sans diaboliser le produit. Bonne lecture.


Jamais un produit de consommation n’a suscité autant de controverse et de convoitise comme l’a fait la cigarette électronique. Entre ceux qui mettent en avant sa qualité de substitut tabagique et ceux qui y voient un produit assimilé au tabac qui doit être traité en tant que tel, les avis sont partagés au Maroc.

Les partisans du premier avis, dans leur plus grande part des vendeurs et des utilisateurs – dits vapoteurs, en référence à la vapeur émise par la cigarette électronique -, dénoncent une « diabolisation à tort » d’un dispositif beaucoup moins nocif que la cigarette à tabac de combustion, composée de 4.000 substances chimiques dont 50 sont confirmés cancérigènes.

En effet, s’il existe une diversité de cigarettes électroniques, le liquide utilisé contient généralement deux principaux composants : le propylène glycol et la glycérine végétale, deux matières à base végétale qui ne sont pas cancérigènes. S’y ajoute, parfois, de la nicotine, une substance non-cancérigène, contrairement aux idées reçues, mais qui est fortement addictive.

Les vapoteurs apprécient cette qualité de pouvoir diminuer à souhait les doses de la nicotine ou de la supprimer carrément. Cela correspond parfaitement à la démarche dégressive adoptée dans le sevrage tabagique, confie Amine, responsable RH dans un Centre d’appel à Rabat, converti exclusivement à la cigarette électronique après 17 ans de tabagisme et 2 paquets par jour et après avoir essayé sans succès diverses méthodes d’aide au sevrage : patchs, chewing-gums et même l’hypnose.

La forme, très proche de la cigarette classique, et la présence de la vapeur permettent de conserver « le plaisir » de la gestuelle associée à la cigarette classique, estime Karim, un autre vapoteur casablancais, qui continue de fumer, tout en réduisant considérablement la quantité du tabac.

Cela correspond aux besoins d’une part importante de fumeurs qui ne sont pas tant dépendants de la nicotine mais du geste de fumer (dépendants comportementaux).

Ces « vertus » vantés par les vapoteurs sont largement contestés par les détracteurs de la cigarette électronique, à leur tête le ministère de la Santé qui « déconseille formellement » l’utilisation de cet appareil électronique aussi bien par les fumeurs que les non-fumeurs, au point de le considérer comme une forme de tabagisme.

S’alignant sur les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le ministère de la Santé considère, dans un communiqué publié fin avril, que « la cigarette électronique reste un produit contenant de la nicotine et est susceptible d’entraîner une dépendance », et soutient qu’il existe « un risque très élevé d’initiation au geste de fumer, surtout parmi les populations jeunes et les femmes, qui n’auraient pas autrement commencé à fumer ».

Cette mise en garde intervient après l’apparition sur l’espace public de publicités vantant les bienfaits de ce produit, le ministère se considérant donc interpellé de réagir étant donné qu’il est le garant de la protection de la santé des citoyennes et des citoyens.

L’autorité gouvernementale reprend aussi les arguments de l’OMS qui « n’a jamais considéré les cigarettes électroniques comme moyen d’aide au sevrage tabagique, et ne dispose pas de preuves scientifiques permettant de confirmer l’innocuité et l’efficacité du produit », fermant ainsi la voie à toute tentative visant à considérer ces appareils comme des alternatives au tabac à combustion.

Comme le ministère de la santé, la communauté médicale reste vigilante à l’égard de ce nouveau produit face auquel elle ne dispose pas de recul, tout en minimisant l’ampleur du phénomène au Maroc, par rapport à l’Europe, par exemple.

Le Dr. Abdelali Boudlal, pneumologue à Salé, affirme déconseiller ce produit « commercial » à ses patients en sevrage tabagique et qui sont très peu à le réclamer. « Je préfère prescrire des produits validés par la pharmacopée et testés scientifiquement et cliniquement, dans le cadre de protocoles d’aide au sevrage qui ont démontré leur efficacité », souligne-t-il à la MAP. D’après ce praticien, les sevrages les plus réussis sont ceux qui surviennent brusquement, notamment suite à une maladie. La volonté et le déclic sont essentiels, résume-t-il.

Pour le Pr. Mohamed Bartal, président de l’Association marocaine de Prévention et d’Education pour la Santé (AMAPES-Stop Tabac), qui « approuve les fortes réserves du Ministère même si elles peuvent paraître excessives de contrecarrer la transgression publicitaire sur l’e-cigarette qui véhicule des informations souvent non étayées sur l’aide au sevrage des fumeurs ».

« Nous ne disposons pas d’études importantes comparant cet outil aux classiques médicaments d’aide au sevrage », confie à la MAP cet ancien chef du service des Maladies Respiratoires du CHU Ibn Rochd de Casablanca.

Pour ce praticien, « n’importe quoi peut aider au sevrage si la motivation du fumeur est forte », mais « il reste important de ne pas remplacer une addiction par une autre ».

Entre la position intransigeante du ministère de la santé et celle vantant les pouvoirs miraculeux de la e-cigarette, il peut sûrement y avoir des compromis, à condition de privilégier l’intérêt de la santé publique.

Fumer, c’est un peu prendre l’autoroute en contresens, vapoter, c’est rouler à 140 km/h au lieu de 130 km/h

La finalité de la lutte contre le cancer et les maladies cardiovasculaires liés au tabac ne mérite-elle pas qu’on s’intéresse davantage à l’e-cigarette, en termes d’études et de recherche, et qu’on l’adopte dans les stratégies d’aide au sevrage ? Ce serait aussi tenir compte d’une tendance favorable à ce produit dans le monde. En témoigne cette lettre ouverte à la directrice générale de l’OMS que viennent d’adresser 53 éminents scientifiques dans le monde qui considèrent que les e-cigarettes « peuvent faire partie des innovations sanitaires les plus importantes du 21e siècle, pouvant peut-être sauver des millions de vies« .

Car « fumer, c’est un peu prendre l’autoroute en contresens, vapoter, c’est rouler à 140 km/h au lieu de 130 km/h« , comme le résume le Pr. Bertrand Dautzenberg, pneumologue à la Pitié-Salpêtrière (Paris) et président de l’Office français de prévention du tabagisme (OFT).

Par Noureddine HASSANI – MAP

3 commentaires sur “La e-cig, problème de santé publique ou solution miracle au tabagisme ?

  1. Bonjour, je souhaite réagir à votre article. Celui ci n’aborde pas ou peu les nombreuses études sui ont déjà été menées un peu partout dans le monde sur l’innocuité de la cigarette électronique. De nombreux pneumologue et tabacologue préconisent la e cig dans le sevrage du tabac et le professeur Dautzenberg lui même a annoncé recemment qu’il préféraient la e cig au tabac dans une émissions télévisées. Faisons preuve d’un peu de bon sens, c’est un produit lancés par les consommateurs où ni l’industrie du tabac, ni l’industrie pharmaceutique
    Ne gagnent. Face à leur influence et au manque à gagner en termes de taxes, nos gouvernements font l’autruche. Je vous invite à lire le blog ma cigarette. fr qui relaient et publie toutes les sources médicales à ce sujet. Comment ne pas inciter les gens à vapoter quand on sait qu’un fumeur sur deux meurt de la gigarette. :o

    • Bonjour
      Merci pour votre commentaire.
      Juste pour clarifier, cet article n’a pas été rédigé par mes soins, mais par la MAP. On peut donc saluer ici une avancée importante quant au traitement de la cigarette électronique par les médias au Maroc.

  2. je ne trouve pas cet article assez complet dans le sens où il n’explique pas les enjeux financiers qu’il y a autour de l’industrie du tabac. le poids des lobby du tabac est tellement encré qu’ils ont tendance à influencer les choix politiques dans les gouvernements. Je déplore le manque d’information au Maroc sur le nombre de cas de cancers liés au tabac et les moyens mis en œuvre par l’état pour lutter efficacement contre le tabagisme. J’aurais aimé que Mr le Ministre de la santé nous dise combien coute les maladies liées au Tabac au système de santé Marocain. En France cela rapporte 15 milliards de taxes à l’état Français, hors ca lui coute 45 milliards dans le budget de la sécurité social. au Maroc, ca rapporte combien ? qui en profite ? combien ca coute à la caisse de sécurité au Maroc ?
    Pour info, juste après la polémique sur la E-cig ay Maroc, la SMT (Société Marocaine du Tabac) introduit le tabac à rouler au Maroc à partir de cet été, je n’ai vu aucune réaction de l’état pour s’y opposer !
    une vidéo que je trouve assez intéressante sur le sujet publiée dans , je vous invite à regarder, lien ci-dessous https://www.youtube.com/watch?v=WgbIwQLsbl0
    Amicalement,
    Ali BOUHADDOU

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